Les Échos du Vieux-Port

Echoes of the Old Port

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Textes de la croisière en français

À bord du Bateau Fantôme, chaque traversée suit le courant du fleuve… et nul trajet n’est jamais tout à fait identique. Selon les vents, les eaux et les mystères de la nuit, le navire peut emprunter différents parcours à travers le Vieux-Port et les rives de Montréal.

 

Pour ne rien manquer des récits d’ombres, des légendes oubliées et du folklore québécois qui hantent notre aventure, assurez-vous de bien vérifier où le bateau se trouve sur le trajet avant de lire l’histoire correspondante. Chaque lieu dévoile son propre secret… encore faut-il être au bon endroit pour l’entendre murmurer

Histoire 01 : Un fleuve vivant sous nos pieds

Tout autour de nous s’étend le Saint-Laurent… l’artère vitale qui fit naître Montréal.

Dès 1535, Jacques Cartier remonte ce cours d’eau majestueux et le nomme fleuve, un chemin d’eau immense, large et puissant, qui relie l’Atlantique aux Grands Lacs et ouvre la porte du continent. C’est grâce à lui que les premiers Européens découvrent Hochelaga et les richesses de ses terres. 

 

En 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance choisissent ses rives pour fonder Ville-Marie. Le fleuve devient immédiatement leur route principale, leur protection naturelle contre les attaques et leur lien vital avec la France. 

 

Au fil des siècles, le Saint-Laurent transforme Ville-Marie en l’une des plus grandes villes portuaires du monde. Au 19e siècle et au début du 20e, des milliers de voiliers viennent charger ici les fourrures des trappeurs, le bois des forêts québécoises, le blé doré des Prairies canadiennes, et repartent chargés de marchandises européennes, comme des tissus, des outils, du vin et des livres. 

 

L’hiver, quand le fleuve gèle en un bloc massif, les Montréalais ne se laissent pas arrêter. Ils construisent des ponts de glace spectaculaires : routes improvisées, passages à pied, traîneaux chargés de bois et de provisions, marchés temporaires installés sur la surface gelée et même une voie ferrée. Ces ponts éphémères relient les deux rives pendant quelques mois, avant que le dégel printanier, ne les brise en blocs flottants et ne libère à nouveau le courant. 

 

Même aujourd’hui, c’est lui qui donne son rythme à la ville. Le brouillard enveloppe les quais comme une couverture grise et les lumières des gratte-ciels et des bateaux dansent sur l’eau assombris. Le Saint-Laurent ne se contente pas de couler : il respire avec la ville, il porte encore les échos des voiles qui claquaient, des cris des marins, des promesses des immigrants et des hivers où on le traversait à pieds. 

 

Il est là, sous nos pieds, autour de nous… et il se souvient. 

Mais écoutez bien… sous ces eaux profondes et sombres, des gardiens veillent depuis toujours. 

Le peuple autochtone des Mohawks, racontèrent l’histoire des Wakandagi : des serpents cornus géants, maîtres absolus du courant, couverts d’écailles qui brillent comme des éclats de lune sous la surface. Ces êtres ne sont pas de simples créatures : ils sont les protecteurs sacrés de Kaniatarowanenneh, maintenant appelé le Saint-Laurent, celui qui donne la vie aux poissons, aux plantes, aux peuples qui vivent de ses rives. 

Lorsque les humains respectent l’eau, les Wakandagi restent invisibles. On ne les voit pas, on ne les entend pas… mais on sent parfois leur présence : un calme soudain sur l’eau agitée, une ombre immense qui glisse loin sous la coque, un silence qui tombe comme une couverture sur le bruit des vagues. 

Au 19e siècle, juste ici, face au Vieux-Port, les marins juraient avoir vu la même créature. Dans les journaux de l’époque, on trouve des récits presque identiques : une tête massive comme un tonneau qui émerge des remous, un corps ondulant de trente à quarante pieds, des cornes sur le dos qui captent la lumière des lanternes de bord. Ces témoignages, écrits par des marins qui n’avaient jamais entendu parler des traditions Mohawks, font écho aux légendes autochtones : un gardien ancien qui se montre rarement, mais qui rappelle, à chaque apparition, que le fleuve n’est pas seulement de l’eau… il est vivant, il respire, il regarde. 

Ce soir, alors que nous glissons sur sa surface, sentez-vous ce calme étrange, ce silence qui tombe d’un coup? Ce n’est peut-être que le vent qui change… ou peut-être que les Wakandagi nous observent, depuis les profondeurs, pour voir si nous avons appris à respecter ce qu’ils gardent depuis toujours.

Même ici, à partir du fleuve, vous pouvez voir l’immensité de l’île, où notre prochaine Écho raconte l’histoire de Pointe-à-Callière, au bord des majestueuses tours de la Basilique de Notre-Dame.



Tout a commencé en 1642, lorsque Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance débarquent sur cette pointe de terre marécageuse, entre le Saint-Laurent et la Petite Rivière Saint-Pierre. Ils fondent Ville-Marie, qui au départ, n’est qu’un simple poste missionnaire de traite. Ce lieu stratégique devient rapidement le cœur du premier port de Montréal. On y construit des débarcadères rudimentaires, des entrepôts, un marché, et bientôt un poste de douane pour contrôler le commerce naissant.



Au 18e siècle, la douane devient le symbole même du commerce colonial. C’est là que l’on perçoit les taxes sur les fourrures précieuses venues du Nord, sur le blé des terres fertiles canadiennes, sur le bois de nos forêts majestueuses et sur toutes les marchandises arrivées d’Europe. Juste à côté, l’église Notre-Dame élève ses tours vers le ciel, gardienne spirituelle de la ville naissante, offrant un repère visible de loin sur le fleuve pour tous les voyageurs et marins qui approchent.



Aujourd’hui, Pointe-à-Callière est un musée exceptionnel, l’un des plus importants sites archéologiques urbains d’Amérique du Nord. Sous les pavés modernes de la ville, on retrouve les fragments des rues pavées du 17e siècle, les égouts anciens creusés à la main, les fondations du premier fortin et les traces des peuples Iroquois du Saint-Laurent. Plus de mille ans d’histoire conservés dans la terre, comme des outils anciens et des poteries sculptées par les artisans qui nous précèdent. Deux mondes divergent qui n’en sont devenus qu’un.



C’est le lieu où le passé et le présent se touchent vraiment. Et notre fleuve, qui a vu débarquer les premiers colons, murmure encore les premiers mots de Montréal.



Mais quand la nuit tombe et que les lumières du Marché Bonsecours s’allument une à une comme des lanternes scintillantes, d’autres souvenirs remontent, ceux que la ville préfère parfois oublier.



C’est ici qu’est née Ville-Marie, en 1642, dans l’espoir et dans la foi. Mais c’est aussi ici que la justice coloniale frappait fort, sans aucune pitié, sous des prétextes souvent construits de toutes pièces. La place Royale, juste à côté, était le théâtre des exécutions les plus dures de l’époque. Des pendaisons publiques, d’une justice trop souvent impartiale, sous le regard exigeant d’une foule vindicative. Les cordes grinçaient dans le vent du fleuve et les corps restaient exposés des jours entiers en guise d’avertissement.



L’église actuelle, maintenant munie de ses tours qui percent le ciel comme une prière inachevée, a tout vu. Elle était là quand les condamnés montaient les marches, quand les cris s’élevaient puis s’éteignaient brusquement, quand le silence retombait, lourd comme des dalles de pierre.



Près de la basilique circule une rumeur ancienne, celle d’une femme injustement accusée de sorcellerie au 18e siècle. Jugée sur la place Royale, elle fut pendue devant la foule après un procès expéditif, portant une prière inachevée à ses lèvres. Depuis ce jour, plusieurs disent apercevoir une silhouette en robe sombre à l’entrée du musée et près des anciennes fondations, immobile, le visage tourné vers le fleuve. Non pas comme un esprit vengeur, mais comme un esprit voulant seulement retrouver sa liberté pour être exempté de son sort horrible et injuste.



Donc, quand vous passerez sur le fleuve, ou marcherez sur les pavés des vielles rues de Montréal, près de la basilique ou du musée de Pointe-à-Callière, écoutez bien les échos enveloppant la ville. Il porte encore, même si très faiblement, le grincement lointain d’une corde…Et le murmure inachevé d’une prière qui n’a jamais eu la chance d’être terminée.

Devant nous, l’entrée du Canal de Lachine… une œuvre d’ingénierie qui a littéralement changé le destin de Montréal. 

 

Ouvert officiellement le 1er mai 1825 après des années de travaux titanesques, ce canal de 14 kilomètres avec ses 7 écluses a permis aux navires de contourner les dangereux rapides de Lachine, qui barraient la route vers les Grands Lacs depuis toujours. Avant sa construction, les bateaux devaient s’arrêter ici : les marchandises étaient déchargées à la hâte, portées à dos d’homme ou transbordées sur de petits canots, puis remontées en amont par des attelages ou des portageurs. Le tout empêchant Montréal de devenir la grande porte d’entrée du continent. 

 

Le projet coûta 7,5 millions de dollars, ce qui représente une fortune colossale pour l’époque, financé par des investisseurs privés et la province du Bas-Canada. Des milliers d’ouvriers, ont creusés le tout à la main. Ils travaillaient dans des conditions terribles : maladies, accidents et noyades fréquentes. Beaucoup y laissèrent la vie, et leurs noms restent oubliés sous les berges. 

 

Pourtant, grâce à leur labeur acharné, le canal transforma Montréal en plaque tournante incontournable du commerce atlantique. Dès 1825, les voiliers pouvait rejoindre les Grands Lacs sans interruption. Le port explosa : Montréal devint le deuxième plus grand port de l’Empire britannique après Liverpool, et le canal resta le poumon économique de la ville pendant plus d’un siècle. 

 

Aujourd’hui, le Canal de Lachine est devenu un joyau tranquille : une piste cyclable et un lieu de promenade. Mais sous sa surface calme, son histoire continue de couler avec le courant : les vielles écluses, les murs de pierre usés par le temps, les vestiges des anciens bassins… tout cela porte encore l’écho des pioches, des cris des contremaîtres et des rêves de ceux qui, au prix de leur sueur et parfois de leur vie, ont ouvert cette voie pour que Montréal devienne ce qu’elle est.

Tranquille ? Peut-être… mais la nuit, quand le canal est plongé dans l’obscurité et que les lumières du Vieux-Port ne sont plus que des points flous au loin, d’autres échos remontent à la surface. 

 

Avant même que le canal n’existe, les rapides de Lachine étaient déjà une légende obscure. Les anciens marins disaient que ces eaux tumultueuses dévoraient les imprudents qui tentait d’y descendre: des voiliers entiers disparaissaient en quelques minutes, comme s’ils étaient aspirés par un tourbillon. Certains capitaines, trop pressés et trop fiers, refusaient de s’arrêter et tentaient de les franchir malgré les avertissements. On raconte que leurs vaisseaux n’ont jamais vraiment sombrés… ils hantent encore l’entrée du canal. 

 

Il y a aussi les âmes des ouvriers qui ont payés le prix le plus lourd pour que ce canal existe. Beaucoup n’ont jamais vu le canal terminé. Leurs corps ont été enterrés à la hâte le long des berges ou jetés dans le fleuve quand il n’y avait plus de place. On murmure que leurs esprits n’ont jamais vraiment trouvés le repos. 

 

 Les soirs, quand la brume monte des écluses et que le canal semble retenir son souffle, on aperçoit parfois des silhouettes silencieuses le long des berges : hommes en chemise usée et casquette, pioche ou pelle à l’épaule, qui avancent lentement comme s’ils continuaient encore à creuser. Ils ne parlent pas, ils ne regardent pas les vivants… ils cherchent simplement à finir leur travail, ou peut-être à trouver enfin la paix qu’on leur a refusée.  

 

Ce n’est pas une malédiction. C’est un sacrifice trop souvent oublié. Le Canal de Lachine n’est pas seulement une voie d’eau : c’est un monument invisible à ceux qui l’ont payé de leur vie pour que Montréal devienne la métropole que nous connaissons. Quand le bateau fantôme glisse doucement devant ses écluses endormies, on ressent que le canal n’a pas oublié.

Regardez… ces géants de béton et d’acier rouillé : l’Élévateur à grains numéro 5 et ses imposants silos. 

 

Construit dans les années 1950 sur les vestiges d’anciens silos de bois qui avaient déjà servi au 19e siècle, il fut l’un des derniers grands entrepôts céréaliers du Vieux-Port. À son apogée, entre les années 1960 et 1970, il stockait des millions de boisseaux de blé, provenant des grandes prairies canadiennes. Montréal était alors la capitale mondiale du grain. 

 

De jour comme de nuit, le port vibrait au rythme incessant de cette machine géante, des bateaux traversaient le canal Lachine, des trains de marchandises arrivaient en rafale depuis l’Ouest, leurswagons déversant des torrents de blé; les convoyeurs grondaient comme un cœur mécanique, soulevant des nuages de poussière; les grues remplissaient les cales des cargos jusqu’à la limite, et les navires repartaient, chargés à ras bord, en route vers le monde. Les débardeurs du port, communément appelés dockers, travaillaient dans un bruit assourdissant de métal et de grain qui coulait sans fin. C’était l’époque où le Vieux-Port vivait au rythme du monde entier. 

 

Mais avec les changements dans le transport maritime, dont l’ouverture de la voie maritime du St-Laurent, l’activité portuaire du blé à Montréal a progressivement décliné. Dans les années 1990, l’Élévateur numéro 5 a été définitivement abandonné. Depuis, il reste là, silencieux, massif, la rouille rongeant lentement ses structures et ses fenêtres vides regardant le fleuve comme des yeux éteints.

 

Aujourd’hui, ces géants de béton sont devenus des vestiges, oubliés par les nouvelles générations, presque des ruines modernes qui dominent encore le paysage du Vieux-Port.

Mais la nuit, quand les bateaux glissent lentement près de ces géants de béton et d’acier rouillé, on sent que l’élévateur n’est pas vraiment vide. 

 

Les anciens dockers du Vieux-Port, disaient que les silos n’aimaient pas le silence. Ils murmuraient que le vent qui s’engouffrait dans les conduits vides faisait naître des voix d’hommes criant des ordres, des cris assourdissants de sifflets de trains, et le grincement incessant des convoyeurs qui tournaient même quand il n’y avait plus de grain à charger. 

 

Depuis son abandon, ces murmures se sont amplifiés. Les explorateurs urbains qui ratissent les bâtiments nuit et jour, racontent que les dockers qui ont passé leur vie entière dans ces silos n’ont jamais vraiment quitté leur poste. Leurs ombres continuent de travailler, nuit après nuit, comme si le port ne pouvait pas s’arrêter complètement.

 

Ces dockers fantômes ne sont pas là pour hanter les lieux, ils sont simplement restés fidèles à leur ouvrage. Ils continuent à charger des navires qui ne viennent plus, à remplir des cales vides et à faire tourner une machine qui s’est arrêtée il y a maintenant, bien longtemps. Comme s’ils attendaient que quelqu’un vienne enfin leur dire que le travail est terminé, qu’ils peuvent rentrer chez eux. 

 

Ce n’est pas une malédiction. C’est une fidélité obstinée. Ces hommes ont donné leur vie au port, à ce blé qui nourrissait le monde entier. Ils refusent de partir tant que l’élévateur n’a pas été complètement oublié. 

 

Ce soir, alors que nous passons devant ces géants silencieux, regardez bien les fenêtres vides. Si vous voyez une ombre bouger, la lumière d’une lanterne qui scintille, ou si vous entendez un sifflet lointain… sachez que ce ne sont pas seulement le vent et la rouille. Ce sont les dockers qui continuent leur travail, comme ils l’ont toujours fait, dans l’obscurité des silos abandonnés.

Devant nous se dresse l’impressionnant pont Jacques-Cartier. Construit entre 1925 et 1930 par des milliers d’ouvriers sous la direction de l’ingénieur Philip Louis Pratley. Cette géante structure fut d’abord baptisé ‘’Pont du Havre‘’ avant d’être rebaptisé en 1934 en hommage au navigateur français, Jacques Cartier.  

 

Haute de 104 mètres à son point culminant, ses poutres d’acier entrelacées forment une silhouette imposante qui domine le paysage. Le pont est illuminée la nuit par des milliers de lumières qui dansent sur l’eau comme des étoiles tombées du ciel. 

 

Mais ce pont porte aussi une histoire plus têtue que ses plans d’ingénieur. Un savonnier du nom de Barsalou, propriétaire d’une usine sur la rive, refusa catégoriquement de céder ses terres. Plutôt que de le forcer à vendre, les concepteurs optèrent de contourner son terrain… ce qui donna au pont ses fameuses courbes inhabituelles. Les Montréalais l’ont rapidement surnommé le ‘’Pont Croche ‘’, et l’une de ces courbes, fut tristement baptisée la ‘’courbe de la mort ». Pendant des décennies, elle marqua l’histoire par ses nombreux accidents graves. 

 

Aujourd’hui, le géant d’acier a été sécurisé, mais il garde en mémoire ces années où il était à la fois lien vital et piège silencieux. L’ironie du sort, l’usine à savon a totalement été détruite lors d’un incendie majeur en 2025.  

 

Malgré tout, le pont Jacques-Cartier ne raconte pas seulement une histoire de fer et de béton… il porte aussi celle des hommes qui l’ont traversé, parfois, à leurs risques et périls.

Entendez-vous ces bruits vous aussi…? Ce n’est pas seulement le vent qui fait vibrer les poutres du pont Jacques-Cartier. Ce murmure sourd, ce souffle retenu depuis trop longtemps. 

 

Juste en dessous, se dressent les ruines de l’ancienne prison d’Au-Pied-du-Courant. C’est là, le 15 février 1839, suite à la rébellion des Patriotes que le Chevalier de Lorimier et ses compagnons furent pendus devant une foule silencieuse. Leurs derniers mots… Leurs regards tournés vers le fleuve… Et leurs corps laissés en avertissement.

 

On raconte que certains soirs, quand la brume monte et enveloppe le Saint-Laurent, leurs âmes cherchent à traverser le fleuve, comme elles n’ont pu le faire, emprisonnées, condamnées à jamais. Le pont Jacques-Cartier, avec ses travées qui enjambent l’eau, devient alors un seuil entre les mondes, un passage qu’elles frôlent sans jamais vraiment le franchir. 

 

Dans le vent qui siffle entre les poutres, on entend parfois l’écho de leurs lamentations – de leurs soupirs étouffés, des prières inachevées, des noms murmurés qui se perdent dans la nuit. Certains jurent avoir vu des silhouettes floues marcher sur les arches et des ombres immobiles au pied des piliers, attendant que le courant les emporte enfin vers l’autre rive. 

 

Le pont ne tremble pas seulement sous le poids des voitures. Il porte aussi celui des regrets, des injustices, des vies interrompues. Et quand la ville s’endort, quand les lumières du pont reflètent comme des larmes sur l’eau sombre, il semble que le fleuve lui-même écoute…

Juste ici se dresse l’historique Sedna 4, ce trois mâts dont la coque d’acier renforcée pour la glace semble défier le temps et les éléments. 

Construit en Allemagne en 1957 sous le nom de Bielefeld, il naît à l’origine comme un chalutier robuste destiné à la pêche en mer du Nord. En 1992, il est racheté et entièrement modifié pour devenir un navire d’expédition : sa coque est renforcée, ses systèmes modernisés, et il est prêt à une nouvelle vie bien plus ambitieuse. 

En 2001, une équipe québécoise passionnée, dirigée par le capitaine et écologiste Jean Lemire, rachète le bateau et le transforme en outil de science et de sensibilisation. Il le rebaptise Sedna 4 en 2002, en mémoire de la déesse inuite Sedna, maîtresse des mers et des animaux marins. Ce choix n’est pas anodin : le navire devient un symbole de respect pour les eaux polaires et pour les peuples qui les habitent depuis des millénaires. 

Le Sedna 4 entre alors dans l’histoire avec des missions audacieuses. En 2002, il réalise le mythique Passage du Nord-Ouest, traversant les glaces de l’Arctique canadien là où tant d’explorateurs ont échoués. En 2006-2007, il atteint l’Antarctique, filmant les colonies de manchots, les icebergs qui se détachent et les signes alarmants du réchauffement des pôles. Puis, entre 2008 et 2011, il accomplit un tour du monde de 1000 jours, embarquant scientifiques, cinéastes, photographes et étudiants pour documenter les changements climatiques.  

Aujourd’hui, même si le Sedna 4 est ancré au Vieux-Port, il reste un symbole puissant : un pont entre la science et la conscience, entre le fleuve Saint-Laurent et les mers du bout du monde. Il porte des histoires, des images, des avertissements… et un nom qui nous invite à ne jamais oublier, que la mer, elle aussi a une mémoire.
Mais quand la nuit tombe sur le Vieux-Port et que le Sedna IV se balance doucement au quai, certains murmures remontent des profondeurs qu’il a traversées. 

Dans les longs mois passés dans l’Arctique et l’Antarctique, l’équipage racontait souvent avoir ressentis des sensations étranges, presque impossibles à expliquer. Des bruits étranges sous la coque, unchant grave et lointain, un souffle ancien porté par le vent polaire, un frottement lent, comme si des cheveux longs glissaient contre la tôle du bateau. 

Sedna, la déesse inuite qui donne son nom au voilier, n’est pas une légende abstraite. Dans les récits des peuples du Nord, elle est au centre de la vie marine. Elle vit au fond de la mer, protégeant la balance fragile des eaux glacées, se vengeant contre ceux qui oseraient briser cet équilibre. 

L’équipage du Sedna 4, qui sillonnait les pôles pour alerter de la fonte des glaces et la fragilité des océans, sentait parfois cette présence, comme un avertissement calme. Certains disaient que la Déesse les accompagnait dans leur aventure, tant que ceux-ci rapportait la vérité sur l’état de son écosystème.  

Ici, au Vieux-Port, quand le vent porte les échos du fleuve et que la lune se reflète sur l’eau assombrie, certains affirment voir une lueur bleue très douce passer sous la coque du Sedna IV durant les nuits calmes, accompagné d’un chant lointain. Comme si Sedna gardait toujours un œil sur eux, malgré la distance. 

Une gardienne vigilante, une présence qui nous rappelle que l’eau se souvient de tout. Sedna ne punit pas sans raison… elle protège ce qui mérite de l’être. Et tant que le voilier reste fidèle à la mission,elle semble veiller sur lui, même ici, loin des glaces, au cœur du fleuve qui relie tout.

Là-bas, sur la rive, se dressent deux joyaux du Vieux-Port : le Marché Bonsecours et la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours 

 

La chapelle est la plus ancienne église de pierre de Montréal. Construite entre 1655 et 1675 par Marguerite Bourgeoys, elle fut d’abord une petite chapelle de bois, puis agrandie en pierre pour résister au temps. Dès le 17e siècle, elle devient le refuge spirituel des marins et des voyageurs qui risquaient leur vie sur le Saint-Laurent. On l’appelle encore aujourd’hui la ‘’chapelle des marins’’. Pendantplus de trois siècles, les équipages rescapés de tempêtes, de naufrages ou de glaces hivernales y suspendaient des ex-voto, sous forme de bateau miniatures, sculptés à la main, offerts en remerciement à Notre-Dame-de-Bon-Secours, protectrice des gens de mer. 

 

Juste à côté s’élève le Marché Bonsecours, érigé entre 1844 et 1847, muni de colonnes imposantes et d’un sublime dôme central. Ce grand bâtiment fut d’abord le marché public central de la ville : un lieu bruyant et vivant où les Montréalais venaient acheter poissons frais, légumes des fermes environnantes, viandes, tissus importés, épices et outils. 

 

Mais le Marché Bonsecours n’a pas seulement été un marché : en 1849, après l’incendie du Parlement à Montréal, instigué par les émeutiers loyalistes et impérialistes, il devint temporairement le siège du Parlement du Canada-Uni. Il servit ensuite d’hôtel de ville, puis revint à sa vocation marchande. Pendant plus de 150 ans, il a évolué avec le commerce, le troc, les négociations et les retrouvailles. 

 

Aujourd’hui, le marché accueille toujours des artisans, des boutiques, des galeries et des expositions. Ses murs ont vu défiler des générations de marchands et de voyageurs. 

 

Ces deux bâtiments, se tiennent là depuis des siècles, face au fleuve qui les a nourris et protégés. Quand la nuit tombe et que les lumières s’allument, ils veillent ensemble sur le Vieux-Port… comme ils l’ont toujours fait.

Mais quand la nuit enveloppe la chapelle, d’autres murmures s’élèvent autour de Marguerite Bourgeoys. 

 

Fondatrice de la congrégation Notre-Dame et bâtisseuse de cette chapelle, elle passait ses nuits à prier pour les marins perdus en mer. Les vieilles légendes disent que son esprit n’a jamais vraiment quitté les lieux. Certains soirs de tempête, quand le vent fait tinter les ex-voto suspendus au plafond, on ressentirait une sorte de présence entre les murs de la chapelle, comme si elle revenait vérifier que les lanternes des marins sont toujours allumées. 

 

Marguerite n’est pas un fantôme pour effrayer, mais une présence douce, presque maternelle. Des marins du 19e siècle juraient avoir senti une main se déposer sur leur épaule quand ils entraient épuisés, comme si elle les guidait vers la paix comme si elle veillait encore sur ceux qui rentrent au port… et sur ceux qui ne rentrent jamais. 

 

Prenez un moment pour regarder la chapelle illuminée. Son dôme brille comme un phare. Peut-être que Marguerite est toujours là, son écho résonnant sur les pierres froides… à murmurer une prière pour les voyageurs… et pour nous.

Devant nous se dresse fièrement la Tour de l’Horloge, fidèle gardienne du Vieux-Port depuis plus d’un siècle. Construite entre 1919 et 1922 sous la direction de l’ingénieur Paul LeClaire, cette sentinelle de pierre et d’acier s’élève à 45 mètres au-dessus du fleuve. Elle fut érigée en mémoire des marins canadiens disparus durant la Première Guerre mondiale. Ces soldats, qui ont trouvé la mort dans les eaux glacées de l’Atlantique au milieu des convois ravagés par les sous-marins ennemis. 

Son mécanisme, inspiré de la célèbre horloge du Big Ben londonien, rythmait autrefois les arrivées et les départs des navires. Pendant des décennies, sa lumière puissante guidait les bateaux à travers les eaux sombres du Saint-Laurent. Elle veillait sur Montréal, cette ville née du fleuve en 1642, quand Maisonneuve et ses compagnons posèrent la première croix sur la pointe de terre qui allait devenir Ville-Marie. 

C’est ce même fleuve qui a forgé son destin : d’abord par les fourrures qui faisaient la richesse des coureurs des bois, puis par le blé, dont les immenses cargaisons transformèrent Montréal en l’un des plus grands ports céréaliers du monde au tournant du 20e siècle. 

Aujourd’hui encore, quand le soleil se couche derrière les tours de la ville et que les premières lumières s’allument sur l’eau, la Tour de l’Horloge semble murmurer l’histoire de ces marins, de ces navires et de ces rêves qui ont traversé l’océan pour faire naître une métropole au bord du fleuve.

Mais cette Tour évoque aussi une légende des plus ancienne, un mythe qui flottait autrefois sur les quais du Vieux-Port et qui hante encore certains esprits. 

On racontait l’histoire du Bonhomme Sept Heures, un vieil esprit du crépuscule, un ogre né des contes québécois les plus sombres. À la tombée du jour, quand les dernières lueurs rouges disparaissaient, les mères disaient aux enfants : « Rentre vite, avant que la cloche ne sonne sept coups… sinon le Bonhomme Sept Heures viendra te chercher. » 

On le décrivait comme un géant courbé, enveloppé d’une vieille cape usée par le vent du fleuve, avec une horloge rouillée pendue à son cou. Chaque soir, à sept heures précises, il sortait des ombres des quais, son pas lourd résonnant sur les planches mouillées et son tic-tac infernal se mêlait au clapotis de l’eau. On disait qu’il emportait les enfants désobéissants avec lui… dans la brume, là où le fleuve ne rend jamais ce qu’il prend. 

Un tic-tac lointain, presque imperceptible au début, puis plus net, plus proche… qui semblent venir de nulle part et de partout à la fois. Et dans l’ombre, une silhouette indistincte apparait parfois. Elle ne parle pas, elle ne poursuit pas … elle vous observe. 

Alors ce soir, quand vous regarderez la Tour s’illuminer contre le ciel assombri, écoutez bien. Le vent porte peut-être encore les échos lointains, du tic-tac d’une vieille horloge… et sept coups qui sonnent… pour quelqu’un.

Ici se profile l’île Sainte-Hélène, cœur battant du Parc Jean-Drapeau. Samuel de Champlain la nomme en 1611 en hommage à sa jeune épouse Hélène Boullé. À cette époque, l’île est encore sauvage : couverte de forêts denses, fréquentée par le peuple Iroquois du Saint-Laurent qui y venaient pêcher, chasser et commercer.  

 

Après la guerre de 1812 contre les États-Unis, les Britanniques achètent l’île et y construisent le Fort Sainte-Hélène : une fortification massive en pierre grise, avec remparts, casernes et canons pointés vers le fleuve. Pendant plus de cinquante ans, elle y abrite des soldats, prêts à défendre Montréal contre toute menace, le fort devient alors un symbole de puissance militaire. 

 

Puis en 1874, la Ville de Montréal rachète l’île et la transforme en premier grand parc public de la métropole. Ouvert officiellement le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, c’est un lieu de promenade, de pique-nique, de concerts en plein air et de loisirs populaires. 

 

Au 20e siècle, l’île connaît sa plus grande métamorphose. Pour l’Expo 67, on agrandit considérablement l’île, la reliant avec l’île de la ronde. Et puis, des millions de tonnes de terre et de gravier viennent former sa nouvelle île voisine, Notre-Dame. Des pavillons futuristes surgissent, la Biosphère devient l’icône du site. Ces îles se transforment rapidement en vitrine mondiale sur l’avenir, un symbole d’optimisme et de modernité. 

 

Aujourd’hui, le Parc Jean-Drapeau est un espace de verdure, de festivals et de pistes cyclables. Malgré tout, l’île garde tout de même les traces de son passé : les fondations du fort, les anciens chemins du peuple Iroquois et les remblais de l’Expo… Tout cela respire avec le Saint-Laurent qui l’entoure.

Mais la nuit, quand les lumières du Parc Jean-Drapeau scintillent sur l’eau, d’autres échos remontent des bois sombres et des berges oubliées. 

Au 19e siècle, alors que le Fort Sainte-Hélène veillait encore sur Montréal, les sentinelles britanniques postées sur les remparts racontaient avoir entendu des cris étranges venant de la rive sud… des hurlements longs et gutturaux qui n’étaient pas tout à fait humains.  

À l’époque, on parlait d’une légende ancienne, un loup-garou : un homme maudit, par ses nombreux crimes, condamné à se transformer en bête horrible durant les nuits de pleine lune. Les fermiers des deux côtés du fleuve disaient que leur bétail était retrouvé éventré au petit matin, des entailles trop profondes, trop précises pour un loup ordinaire, avec parfois des traces de griffes qui semblaient presque humaines. 

Certains soldats du fort juraient avoir vu, sous la lune haute, des silhouettes poilues traversant les bois de l’île Sainte-Hélène. Une forme courbée, qui se déplaçait entre les arbres avec une rapidité inhumaine. D’autres entendaient des grognements monter de la rive sud quand le brouillard s’épaississait. Les plus superstitieux murmuraient que le loup-garou, traversait parfois le fleuve gelé pour chercher refuge sur l’île… ou pour y poursuivre une proie. Les loup-garou ne sont pas des monstres qui attaquent sans raison, mais des âmes tourmentées, punies par leur propre faute, condamnées à errer près du fleuve en quête de libération et de rédemption.  

L’île Sainte-Hélène, aujourd’hui si verte et animée durant le jour, semble parfois retenir son souffle après minuit… comme si elle écoutait encore ces hurlements lointains, ces grognements qui montent de la rive sud quand la lune est pleine. 

Ce soir, quand vous regarderez ses contours sombres se découper contre le ciel, écoutez bien le vent. Il porte encore, très faiblement, l’écho d’un grognement…

English texts for the cruise

Aboard the Ghost Ship, every crossing follows the flow of the river… and no journey is ever exactly the same. Depending on the winds, the waters, and the mysteries of the night, the vessel may take different routes through the Old Port and along the shores of Montreal.

To make sure you don’t miss any tales of shadows, forgotten legends, and Québec folklore that haunt our adventure, be sure to check where the ship is along the route before reading the corresponding story. Each location reveals its own secret… but only if you are in the right place to hear it whisper.

Story 01 : St. Lawrence : A waterway living under our feet

All around us stretches the Fleuve Saint-Laurent, St. Lawrence River… the vital artery that gave birth to Montreal. 

 

In 1535, Jacques Cartier sailed up this majestic waterway and named it a “river” — an immense, wide and powerful path of water that connects the Atlantic to the Great Lakes and opens the door to the continent. It was thanks to this river that the first Europeans discovered Hochelaga and the riches of its lands. 

 

In 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve and Jeanne Mance chose its shores to establish what was then, Ville-Marie. The river immediately became their main route, their natural protection against attacks, and their vital link with France. 

 

Over the centuries, the St. Lawrence transformed Ville-Marie into one of the greatest port cities in the world. In the 19th and early 20th centuries, thousands of sailing ships came here to load the furs of trappers, the timber from Quebec’s forests, and the golden wheat of the Canadian Prairies. They departed laden with European goods — fabrics, tools, wine, and books — as well as new faces and new dreams. 

 

In winter, when the river froze into a massive solid block, Montrealers refused to be trapped on their island. They built spectacular ice bridges: improvised roads, footpaths, sleighs loaded with wood and supplies, temporary markets set up on the frozen surface, and even a railway line. These ephemeral bridges connected the two shores for a few weeks or months, until the violent spring thaw broke them into drifting blocks and released the current once again. 

 

Even today, it is the St. Lawrence that sets the rhythm of the city. Fog envelops the docks like a grey blanket, and the lights of skyscrapers and ships dance on the darkened water. The St. Lawrence does not merely flow — it breathes with the city. It still carries the echoes of flapping sails, sailors’ cries, immigrants’ promises, and the winters when people used to cross it on foot. 

 

It is here, beneath our feet and all around us… and it remembers.

But listen carefully… beneath these deep and dark waters, guardians have watched over the river since its first flow. 

 

The Mohawk people have long told the story of the Wakandagi: giant horned serpents, absolute masters of the current, covered in scales that shimmer like moonlight beneath the surface. These beings are not mere creatures — they are the sacred protectors of Kaniatarowanenneh, what we now call the Saint Lawrence River, the one that gives life to the fish, the plants, and the people who live along its shores. 

 

When humans respect the water — when they do not pollute it, when they do not take more than they need, when they give thanks for its gifts — the Wakandagi remains invisible, hidden. You cannot see them, you cannot hear them… but you can sometimes feel their presence: a sudden calm on choppy waters, an immense shadow gliding far beneath the hull, or a silence that falls like a blanket over the sound of the waves.

 

In the 19th century, right here facing the Old Port, sailors swore they had seen the same creature. In newspapers of the time, you can find nearly identical accounts: a massive head the size of a barrel emerging from the eddies, a body undulating thirty to forty feet long, with horns or ridges on its back catching the light of the ship’s lanterns. These testimonies, written by sailors who had never heard of Mohawk traditions, echo the Indigenous legends: an ancient guardian who rarely shows itself, but who reminds us with every appearance that the river is not merely water… it is alive, it breathes, and it watches

 

Tonight, as we glide across its surface, do you sometimes feel that strange calm, that sudden silence? It may only be the wind changing… or perhaps the Wakandagi are watching us from the depths, to see if we have learned to respect what they have guarded for thousands of years… 

Even here, from the river, you can see the vastness of the island and, just ahead, Pointe-à-Callière with the majestic towers of the Notre-Dame Basilica rising into the sky. 

 

It all began in 1642, when Paul de Chomedey de Maisonneuve and Jeanne Mance landed on this marshy point of land between the Saint Lawrence River and the Little Saint Pierre River. They founded Ville-Marie — at first nothing more than a modest missionary and trading post protected by a small wooden fort. This strategic location quickly became the beating heart of Montreal’s first port. Rudimentary docks, warehouses, a market, and soon a customs house were built to control the growing trade. 

 

In the 18th century, the customs house became the very symbol of colonial commerce. It was here that taxes were collected on precious furs from the North, wheat from the fertile Canadian lands, timber from our majestic forests, and all goods arriving from Europe. Right next to it, the Notre-Dame Church raised its towers toward the sky, the spiritual guardian of the young city, offering a visible landmark on the river for all travelers and sailors approaching the port. 

 

Today, Pointe-à-Callière is an exceptional museum, one of the most important urban archaeological sites in North America. Beneath the modern pavement, you can find fragments of 17th-century cobblestone streets, hand-dug sewers, the foundations of the first fort, and the traces of the Iroquoian people who lived here long before the Europeans arrived. More than a thousand years of history preserved in the earth — ancient tools, sculpted pottery, and the meeting of two worlds that eventually became one. 

 

This is the place where the past and the present truly touch. And our river, which witnessed the arrival of the first settlers, still whispers the very first words of Montreal.

But when night falls and the lights of the Bonsecours Market flicker on one by one like glowing lanterns, other memories rise to the surface — memories the city sometimes prefers to forget. 

 

This is where Ville-Marie was born in 1642, in hope and faith. But it is also here that colonial justice struck hard and without mercy, often on flimsy or fabricated pretexts. The Place Royale, right beside it, was the stage for the harshest public executions of the era — hangings for theft, murder, blasphemy, and sometimes for accusations of sorcery or pacts with the devil. The gallows stood in the open air before a silent or vengeful crowd, and the bodies were left on display for days as a warning. 

 

The church we see today, with its towers piercing the sky like an unfinished prayer, witnessed it all. It was there when the condemned climbed the steps, when cries rose and then suddenly fell silent, when a heavy stillness settled like stone upon the square. 

 

Near the basilica, an older and more persistent rumor circulates: that of a woman unjustly accused of witchcraft in the 18th century. Tried on the Place Royale, she was hanged before the crowd after a hasty trial, a prayer left unfinished on her lips. Since that day, many claim to have seen a dark-robed silhouette near the entrance of the museum and the old foundations — standing motionless, her face turned toward the river, as if still waiting for someone to complete that interrupted prayer. 

 

So when you sail along the river or walk the old cobblestones of Montreal near the basilica or Pointe-à-Callière, listen carefully. The echoes still linger, though faintly — the distant creak of a rope… and the unfinished murmur of a prayer that was never given the chance to reach its end.

Before us lies the entrance to the Lachine Canal… an engineering masterpiece that literally changed the destiny of Montreal. 

 

Officially opened on May 1, 1825, after years of titanic work, this 14-kilometre canal with its then seven locks allowed ships to bypass the dangerous Lachine Rapids, which had blocked access to the Great Lakes for centuries. Before its construction, boats had to stop here: goods were hastily unloaded, carried on men’s backs or transferred to small canoes, then hauled upstream by teams of horses or portageurs. This bottleneck prevented Montreal from becoming the great gateway to the continent. 

 

The project cost 7.5 million dollars — an enormous fortune at the time — financed by private investors and the Province of Lower Canada. Thousands of workers, mostly Irish immigrants, dug the canal by hand through mud, rock, and swamps. They worked in terrible conditions: disease, accidents, and frequent drownings. Many lost their lives, and their names remain forgotten beneath the banks. 

 

Yet, thanks to their relentless labor, the canal transformed Montreal into an essential hub of Atlantic trade. From 1825 onward, sailing ships could reach the Great Lakes without interruption. The port exploded: Montreal became the second-largest port in the British Empire after Liverpool, and the canal remained the economic heart of the city for over a century. 

 

Today, the Lachine Canal has become a tranquil jewel: a peaceful cycling and walking path where Montrealers come to breathe by the water. But beneath its calm surface, its history continues to flow with the current — the old locks, the stone walls worn by time, the remains of former basins… all still carry the echoes of pickaxes, foremen’s shouts, and the dreams of those who, at the cost of their sweat and sometimes their lives, opened this route so Montreal could become what it is today

Quiet? Perhaps… but at night, when the canal is plunged into darkness and the lights of the Old Port are nothing more than blurred points in the distance, other echoes rise to the surface. 

 

Even before the canal existed, the Lachine Rapids were already a dark legend. Old sailors said these turbulent waters devoured the reckless: entire sailing ships would disappear in minutes, swallowed by whirlpools. Some captains, too impatient or too proud, refused to stop and tried to run the rapids despite the warnings. It is said that their vessels never truly sank… they still haunt the entrance of the canal. 

 

Ghost ships with torn sails sometimes appear for a brief moment in the thick fog before vanishing into the eddies. 

 

There are also the souls of the workers who paid the heaviest price for this canal to exist. Many never lived to see it completed. Their bodies were hastily buried along the banks or thrown into the river when there was no more room. It is whispered that their spirits have never truly found rest. 

 

On misty evenings, when the fog rises from the locks and the canal seems to hold its breath, silent silhouettes can sometimes be seen along the banks: men in worn shirts and caps, pickaxe or shovel on their shoulder, walking slowly as if they were still digging. They do not speak. They do not look at the living… they are simply trying to finish their work, or perhaps finally find the peace that was denied to them.

 

This is not a curse. It is a sacrifice too often forgotten. The Lachine Canal is not just a waterway: it is an invisible monument to those who paid with their lives so that Montreal could become the metropolis we know today. As our ghost boat glides gently past its sleeping locks, one feels that the canal has not forgotten.

Look to the right… those giants of concrete and rusted steel: the Grain Elevator No. 5 and its imposing silos. 

 

Built in the 1950s on the remains of older wooden silos that had already served since the 19th century, it was one of the last great grain warehouses in the Old Port. At its peak, during the 1960s and 1970s, it stored millions of bushels of Canadian wheat from the vast Prairies. Montreal was then the grain capital of the world. 

 

Day and night, the port throbbed to the relentless rhythm of this colossal machine. Ships passed through the Lachine Canal, freight trains arrived in waves from the West, their wagons pouring torrents of wheat; the conveyors roared like a mechanical heart, raising clouds of golden dust; cranes filled the holds of cargo ships to the brim, and the vessels departed, loaded to the limit, bound for the world. The dockworkers — commonly called longshoremen — labored amid the deafening noise of metal and endless flowing grain. It was an era when the Old Port lived in sync with the entire world. 

 

But with changes in maritime transport, including the opening of the St. Lawrence Seaway, Montreal’s grain port activity gradually declined. In the 1990s, Grain Elevator No. 5 was permanently abandoned. Since then, it stands there, silent and massive, rust slowly eating away at its structures, its empty windows gazing at the river like lifeless eyes. 

 

Today, these concrete giants have become melancholic relics, almost modern ruins that still dominate the landscape of the Old Port — forgotten by new generations, yet stubbornly refusing to disappear.

But at night, when boats glide slowly past these giants of concrete and rusted steel, one feels that the elevator is not truly empty. 

 

The old dockworkers of the Old Port used to say that the silos hated silence. They whispered that the wind rushing through the empty conduits would awaken voices of men shouting orders, the piercing whistles of long-vanished trains, and the endless grinding of conveyors turning even when there was no more grain to load. 

 

Since its abandonment, these murmurs have grown stronger. Urban explorers who roam the buildings at night tell us that the dockworkers who spent their entire lives in these silos never truly left theirposts. Their shadows continue to work, night after night, as if the port simply cannot stop completely. 

 

These ghost dockworkers are not here to haunt the living. They are simply remaining faithful to their duty. They keep loading ships that no longer come, filling empty holds, and operating a machine thatstopped working long ago. It is as if they are waiting for someone to finally tell them that the work is done, so they can finally go home. 

 

This is not a curse. It is stubborn loyalty. These men gave their lives to the port and to the wheat that fed the world. They refuse to leave as long as the elevator has not been completely forgotten. 

 

Tonight, as we pass before these silent giants, look closely at the empty windows. If you see a shadow moving, the flicker of a lantern, or hear a distant whistle… know that it is not just the wind and the rust. It is the dockworkers, still carrying on their work, as they always did, in the darkness of the abandoned silos.

Before us stands the impressive Jacques-Cartier Bridge. 

 

Built between 1925 and 1930 by thousands of workers under the direction of engineer Philip Louis Pratley, this giant cantilever structure was first named the “Harbor Bridge” before being renamed in 1934 in honor of the French navigator Jacques Cartier, the first European to sail up the Saint Lawrence River.

 

Rising 104 meters at its highest point, its interlaced steel beams form an imposing silhouette that dominates the landscape. At night, the bridge is illuminated by thousands of lights that dance on the water like fallen stars. 

 

But this bridge also carries a story more stubborn than its engineering plans. A soap maker named Barsalou, owner of a factory on the shore, categorically refused to give up his land. Rather than forcing him to sell, the designers chose to bypass his property… which gave the bridge its famous unusual curves. Montrealers quickly nicknamed it the “Crooked Bridge,” and one of those curves, particularly sharp at the entrance to Montreal, was sadly dubbed the “Curve of Death.” For decades, it marked history with its many serious accidents. 

 

Today, the steel giant has been made safer, but it still carries the memory of those years when it was both a vital link and a silent trap. 

 

Despite everything, the Jacques-Cartier Bridge does not tell only a story of steel and concrete… it also carries the story of the men and women who crossed it, sometimes at their own risk and peril.

Do you hear these sounds too…? 

 

It is not just the wind making the beams of the Jacques-Cartier Bridge vibrate. There is something deeper, something older, rising from the very arches themselves — a low murmur, almost imperceptible, like a breath held for far too long. 

 

Just below, almost invisible from the water but ever-present in the city’s memory, lie the ruins of the old Au-Pied-du-Courant Prison. It was there, on February 15, 1839, following The Patriotes Rebellion, that Chevalier de Lorimier and his companions were hanged before a silent crowd. Their final words… their eyes turned toward the river… and their bodies left on display as a warning. 

 

It is said that on certain evenings, when the fog rises and envelops the Saint Lawrence, their souls still seek to cross the river — a crossing they were never allowed to make in life, imprisoned and condemned. The Jacques-Cartier Bridge, with its spans stretching over the water, becomes a threshold between worlds: a passage they brush against but can never truly cross. 

 

In the wind whistling through the beams, one can sometimes hear the echo of their lamentations — stifled sighs, unfinished prayers, names whispered that dissolve into the night. Some swear they have seen blurry silhouettes walking along the arches or motionless shadows at the base of the pillars, waiting for the current to finally carry them to the other shore. 

 

The bridge does not tremble only under the weight of cars. It also carries the weight of regrets, injustices, and lives cut short too soon. And when the city falls asleep, when the bridge’s lights reflect like tears on the dark water, it seems that the river itself is listening… and has yet to give its answer.

Before us stands the historic Sedna IV, this impressive three-masted sailing ship whose ice-reinforced steel hull seems to defy both time and elements. 

 

Built in Germany in the year1957 under the name Bielefeld, it was originally a sturdy trawler designed for fishing in the North Sea. In 1992, it was purchased and completely transformed into an expedition vessel: its hull was reinforced, its systems modernized, and it was prepared for a far more ambitious life. 

 

In 2001, a passionate Quebec team led by Captain and ecologist Jean Lemire acquired the ship and turned it into a tool for science and awareness. It was renamed Sedna IV in 2002, in honor of Sedna, the Inuit goddess of the sea and marine animals. This choice was no coincidence: the vessel became a symbol of respect for polar waters and for the peoples who have lived there for millennia. 

 

The Sedna IV then entered history with bold missions. In 2002, it completed the legendary Northwest Passage, navigating the icy waters of the Canadian Arctic where so many explorers had failed. In 2006-2007, it reached Antarctica, filming penguin colonies, breaking icebergs, and documenting the alarming signs of polar warming. Then, between 2008 and 2011, it accomplished a 1,000-day circumnavigation of the globe, carrying scientists, filmmakers, photographers, and students to document climate change. 

 

Today, even when anchored in the Old Port, the Sedna IV remains a powerful symbol: a bridge between science and conscience, between the Saint Lawrence River and the seas at the ends of the Earth. It carries stories, images, warnings… and a name that invites us never to forget that the sea, too, has a memory.

But when night falls over the Old Port and the Sedna IV gently rocks at the dock, certain murmurs rise from the depths it has crossed. 

 

During the long months spent in the Arctic and Antarctic, the crew often spoke of strange sensations, almost impossible to explain. Sounds beneath the hull — not ordinary ice creaks, but a deep, distant chant, an ancient breath carried by the polar wind, or a slow scraping, as if long hair were brushing against the ship’s hull. 

 

Sedna, the Inuit goddess after whom the ship is named, is not an abstract legend. In the stories of the Northern peoples, she is at the very center of marine life. She lives at the bottom of the sea, protecting the fragile balance of the icy waters and taking revenge on those who dare to break that balance. 

 

The crew of the Sedna IV, sailing the poles to raise awareness about melting ice and the fragility of the oceans, sometimes felt this presence — like a calm warning. Some said the Goddess accompanied them on their journey, as long as they told the truth about the state of her ecosystem. 

 

Here in the Old Port, when the wind carries the echoes of the river and the moon reflects on the darkened water, some claim to see a soft blue glow passing beneath the hull of the Sedna IV on calmnights, accompanied by a distant song. As if Sedna were still keeping watch over the ship, despite the distance. 

 

A vigilant guardian, a presence that reminds us the water remembers everything. Sedna does not punish without reason… she protects what deserves to be protected. And as long as the ship remains faithful to its mission, she seems to watch over it — even here, far from the ice, in the heart of the river that connects everything.

Over there on the shore stand two jewels of the Old Port: the Bonsecours Market and the Notre-Dame-de-Bon-Secours Chapel. 

 

The chapel is the oldest stone church in Montreal. Built between 1655 and 1675 by Marguerite Bourgeoys, it began as a small wooden chapel before being expanded in stone to withstand the passage of time. From the 17th century onward, it became the spiritual refuge for sailors and travelers risking their lives on the Saint Lawrence River. It is still known today as the “Sailors’ Chapel.” For over three centuries, crews who survived storms, shipwrecks, or winter ice would hang miniature model ships inside — hand-carved ex-votos offered in gratitude to Notre-Dame-de-Bon-Secours, protector of those at sea.

 

Right next to it stands the Bonsecours Market, built between 1844 and 1847, featuring imposing columns and a magnificent central dome. This grand building was the first city’s central public market: a lively, bustling place where Montrealers came to buy fresh fish from the river, vegetables from nearby farms, meat, imported fabrics, spices, and tools. 

 

But the Bonsecours Market was more than just a marketplace. In 1849, after the Parliament Building was burned by rioters, it temporarily became the seat of the Parliament of the Province of Canada. It later served as City Hall before returning to its commercial roots. For over 150 years, it evolved with the rhythms of trade, barter, negotiations, and reunions. 

 

Today, the market continues to welcome artisans, boutiques, galleries, and exhibitions. Its walls have witnessed generations of merchants and travelers. 

 

These two buildings have stood side by side for centuries, facing the river that nourished and protected them. When night falls and the lights come on, they keep watch over the Old Port… just as they always have.

But when night envelops the chapel and the lights of the Bonsecours Market flicker on one by one like glowing lanterns, other murmurs rise — those the city sometimes prefers to forget. 

 

This is where Ville-Marie was born in 1642, in hope and faith. But it is also here that colonial justice struck hard and without mercy. The Place Royale, right beside it, was the stage for the harshest public executions of the era — hangings for theft, murder, blasphemy, and sometimes for accusations of witchcraft or pacts with the devil. The gallows stood in the open air before a silent or vengeful crowd, and the bodies were left on display for days as a warning. 

 

The church we see today, with its towers piercing the sky like an unfinished prayer, witnessed it all. It was there when the condemned climbed the steps, when cries rose and then suddenly fell silent, when a heavy stillness settled like stone upon the square. 

 

Near the basilica, an older rumor still circulates: that of a woman unjustly accused of witchcraft in the 18th century. Tried on the Place Royale, she was hanged before the crowd after a hasty trial, a prayer left unfinished on her lips. Since that day, many claim to have seen a dark-robed silhouette near the entrance of the museum and the old foundations — standing motionless, her face turnedtoward the river, as if still waiting for someone to complete that interrupted prayer. 

 

This is not the presence of vengeful spirits. It is the echo of those who paid the highest price so that the city could live. They do not scream. They do not chase. They simply remain — silent, in the cold wind rising from the Saint Lawrence, as a quiet reminder that even the holiest foundations were built upon shadows.

Before us stands the proud Clock Tower, the faithful guardian of the Old Port for over a century.

 

Built between 1919 and 1922 under the direction of engineer Paul LeClaire, this sentinel of stone and steel rises 45 meters above the river. It was erected in memory of the Canadian sailors who perished during the First World War — those who lost their lives in the icy waters of the Atlantic amid convoys devastated by enemy submarines.

 

Its mechanism, inspired by London’s famous Big Ben, once marked the arrivals and departures of ships. For decades, its powerful light guided vessels through the dark waters of the St. Lawrence. It watched over Montreal, a city born of the river in 1642, when Maisonneuve and his companions planted the first cross on the point of land that would become Ville-Marie.

 

It was this very river that shaped its destiny: first through the fur trade that enriched the runner of the woods, known as coureurs des bois, then through wheat, whose immense cargoes transformed Montreal into one of the greatest grain ports in the world at the turn of the 20th century.

 

Even today, when the sun sets behind the city’s towers and the first lights begin to sparkle on the water, the Clock Tower seems to whisper the story of those sailors, those ships, and those dreams that crossed the ocean to give birth to a metropolis on the banks of the river.

But this Clock Tower also evokes one of the oldest legends, a myth that once drifted along the docks of the Old Port and still haunts certain minds to this day.

 

They used to tell the story of the Bonhomme Sept Heures, an old spirit of the twilight, an ogre born from the darkest Quebec folktales. At nightfall, when the last traces of gleam disappeared, mothers would warn their children: “Come home quickly, before the bell strikes seven… or the Bonhomme Sept Heures will come for you.”

 

He was described as a hunched giant, wrapped in an old cape worn by the river wind, with a rusty clock hanging from his neck. Every evening at precisely seven o’clock, he would emerge from the shadows of the docks. His heavy footsteps echoed on the wet planks, and his infernal ticking blended with the lapping of the water. Disobedient children, it was said, he would carry away into the mist — to a place where the river never gives back what it takes.

 

A distant ticking, almost imperceptible at first, then clearer… closer… always seven slow, deep strikes that seem to come from nowhere and everywhere at once. And in the shadows, an indistinct silhouette sometimes appears. It does not speak. It does not chase… it simply watches.

 

So tonight, as you watch the Tower light up against the darkening sky, listen carefully. The wind may still carry, from very far away, the echoes of an old clock’s ticking… and seven strikes that ring… for someone.

To our right rises Île Sainte-Hélène, Saint Helen’s Island, the beating heart of Parc Jean-Drapeau. 

 

Samuel de Champlain named it in 1611 in honor of his young wife, Hélène Boullé. At the time, the island was still wild — covered in dense forests and frequented by the Iroquoian people of the St. Lawrence, who came to fish, hunt, and trade. 

 

After the War of 1812 against the United States, the British purchased the island and built Fort Sainte-Hélène: a massive fortification of grey stone with ramparts, barracks, and cannons pointed toward the river. For over fifty years, it housed soldiers ready to defend Montreal against any threat, becoming a powerful symbol of British military presence. 

 

Then, in 1874, the City of Montreal acquired the island and transformed it into the city’s first major public park. Officially opened on June 24, Saint-Jean-Baptiste Day, it became a beloved place for walks, picnics, open-air concerts, and popular recreation. 

 

In the 20th century, the island underwent its greatest transformation. For Expo 67, it was greatly enlarged and connected to Île Notre-Dame. Millions of tons of earth and gravel were added, and futuristic pavilions sprang up, with the Biosphere becoming the iconic symbol of the site. The islands quickly became a global showcase of the future — a powerful symbol of optimism and modernity. 

 

Today, Parc Jean-Drapeau is a vast green space filled with festivals, cycling paths, and recreation. Yet the island still carries traces of its past: the foundations of the old fort, the ancient paths of the Iroquoian people, and the landfill from Expo 67… all breathing in harmony with the St. Lawrence River that surrounds it.

But at night, when the lights of Parc Jean-Drapeau sparkle on the water, other echoes rise from the dark woods and forgotten shores. 

 

In the 19th century, while Fort Sainte-Hélène still stood guard over Montreal, British sentries on the ramparts spoke of hearing strange cries coming from the south shore… long, guttural howls that were not quite human. 

 

At the time, an old legend circulated: that of the loup-garou, the werewolf — a man cursed for his many crimes, condemned to transform into a horrible beast during full moons. Farmers on both sides of the river claimed their livestock was found disemboweled at dawn, with wounds too deep and too precise to have been made by an ordinary wolf — sometimes bearing what almost looked like human claw marks. 

 

Some soldiers at the fort swore they had seen hairy silhouettes crossing the woods of Île Sainte-Hélène under the bright moon — hunched figures moving between the trees at inhuman speed. Others heard deep growls rising from the south shore when the fog grew thick. The most superstitious whispered that the loup-garou would sometimes cross the frozen river to seek refuge on the island… or to hunt its prey. 

 

Werewolves are not monsters that attack without reason. They are tormented souls, punished for their own sins, condemned to wander near the river in search of redemption and release. 

 

Île Sainte-Hélène, so green and lively during the day, sometimes seems to hold its breath after midnight… as if it were still listening to those distant howls and growls rising from the south shore when the moon is full. 

 

Tonight, as you watch its dark silhouette against the sky, listen closely to the wind. It still carries, very faintly, the echoes of a growl…